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 Lâcher la proie pour l'ombre - solo

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Archibald Lannysser
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MessageSujet: Lâcher la proie pour l'ombre - solo   Sam 16 Juil - 1:24



Lâcher la Proie pour l'Ombre


Céladopole - Nuit - Kanto





J'ère dans les ruelles vides et sombres, accompagné de mon Absol qui semble le seul à comprendre le pourquoi de cette errance. Au final, depuis tant d'années, nous revenons toujours ici, là, à l'essentiel. Lui. Moi. Et notre quête qui aujourd'hui ne me paraît plus si sensée.

" Tu penses qu'elle m'en voudra, c'est cela ? "

Le félin tourne son regard érubescent vers moi. Elle t'en veut déjà, tu sais..

Je soupire. C'était à prévoir. J'ai le cœur lourd et le pas chancelant. Je n'ai pourtant rien bu. Mais j'imagine que le passant, là-bas, doit me voir comme un ivrogne sortant du pub le plus proche. S'il savait combien il a tort... Mais je ne cherche pas à m'en défendre. Après tout, je l'ai certainement bien mérité. Mon visage ne trahit pas grand chose des sombres pensées qui m'habitent. J'ai appris, avec le temps, à garder ce masque avenant de celui qui n'a aucune arrière pensée. Plus pratique, une armure à porter chaque jour. Un vagabond se fait à ce genre de préjugés et d'images renvoyées bien malgré lui.  Et ce n'est pas avec la horde de miséreux mal en points qui me talonnent que cela changera...

En chemin, je baisse le bord de mon chapeau sur mon nez, évitant ainsi de croiser les regards curieux ou provocateurs à cette heure tardive... ou plutôt, matinale : le jour va bientôt poindre, certainement dans moins d'une heure. La ville, ce monde clos sans l'être où l'on croise des âmes quelque soit l'heure, justement.

" Il est ici Seth. J'en suis persuadé. Je n'ai pas d'autre explication à ce qui s'est passé. "

La queue effilée de l'Absol bat l'air furieusement derrière lui. Il est bien d'accord avec moi, et furieux tout en même temps. Je sens mes paumes me démanger. C'est une sensation assez désagréable, mais bien utile pour localiser dans ce dédale la source de toute cette énergie noire. Sommes-nous dans un rêve ? Dans la réalité ? Mais encore, un rêve ne fait-il pas pleinement partie de la réalité ? Les barrières sont souvent bien plus floues que ne le pensent les gens. Enfin, au milieu d'un passage entre deux immeubles, je m'arrête. Derrière moi, les Pokémon forment une petite foule compacte et inquiète.

Cela faisait longtemps, mortel. J'étais sûr que tu viendrais. Vous êtes tous si prévisibes...

La voix grave et désincarnée surgit de partout et nulle part à la fois. J'ai beau m'y attendre, je ne peux retenir une expression de surprise teintée d'appréhension.

" Tu ne l'es pas moins que nous. Ainsi donc, tu en es venu à hanter les villes ? Qu'es-tu venu chercher ici ? La Team Rocket ? J'ose espérer que tu as conscience de ce que tu fais... "

La Team Rocket ? Tu te trompes, fils d'Hermès, je n'ai rien à voir avec leur œuvre ! En revanche, eux m'ont bien aidé, je te l'avoue. Tous ces cauchemars éveillés... Un vrai délice.

Un frisson me parcourt. Eva. Je ne peux m'empêcher de penser à elle. S'il s'imagine pouvoir me faire chanter en s'en prenant à elle... Mon regard se fait perçant et glacial.

" Toujours identique à toi-même. N'as-tu donc aucune morale ?! "

Oh ? Charmé de savoir que tu ne m'as point oublié. Mais je te trouve bien mal placé pour parler de morale. ricane la voix.

" Je suis certainement mieux placé que tu ne le seras jamais, maudit ! Je n'ai jamais prétendu... être parfait... mais tout cela... est derrière moi. Quelque soit la raison qui t'ai poussée à me retrouver, sache que je ne reviendrais pas en arrière.
"
Espérais-tu vraiment ne jamais me revoir ? Allons. Je t'ai connu plus raisonnable.

" Plus raisonnable, certes. Mais c'était un autre temps, un temps où je n'avais rien, et rien à perdre. Aujourd'hui, tout est différent. Ma quête a pris un tout autre sens ! "

Voilà qui est intéressant, fwuhuhuhuhu... Qu'as-tu donc acquis de si précieux, humain ? Moi qui pensait que tu n'aurais troqué ton âme que contre l'or des philosophes, me voilà face à un piètre pantin qui a cédé aux charmes d'une sirène ! Permets-moi de me gausser de toi comme il se doit ! Tu n'es vraiment plus l'ombre que de toi même... Et je m'y connais, en matière d'ombre... Huhuhu !

Mon poing se serre jusqu'à ce que mes jointures blanchissent. J'avais oublié à quel point il m'était impossible de cacher la moindre de mes pensées à cette créature. Mes mâchoires se crispent.

" Balivernes ! "

Au milieu de la rue, là où il n'y avait auparavant que le bitume sale et sombre, s'ouvre une brèche d'un noir absolu, derrière laquelle il n'existe rien d'autre à nos yeux que le néant le  plus complet. La déchirure émet un bruit sourd, une vibration si basse et profonde que le sol en tremble.

Viens donc si tu l'oses, Alchimiste, et nous verrons... Nous verrons lequel de nous deux est le plus fort.

Seth hurle à la mort. N'y va pas, c'est un piège ! Je le sais, ami. Mais je n'ai pas le choix. Je ne l'ai jamais eu. D'un pas ferme, je boîte jusqu'à l'ouverture entre les dimensions : impossible de savoir ce qui m'attend. Mais je ne reculerai pas. Je lève le nez vers le ciel étoilé. La constellation du Léviator est au plus haut : des épreuves nous attendent. Je n'avais hélas pas besoin du ciel pour m'en rendre compte...

" Dis bonjour à Stanislas de ma part, Darkrai. Après tout, il n'a jamais été fichu de faire quoi que ce soit lui-même, non ?"

Et je traverse le portail immatériel, chacun des atomes qui me compose étant aspiré ailleurs, je ne sais où. Loin de la rue et des feux de Céladopole. Mais rien n'est plus inébranlable que ma volonté de revenir. La tête haute.

Fwuhuhuhuhu... Inutile. Tu pourras bien le saluer toi-même. Depuis le temps qu'il te cherche...






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MessageSujet: Re: Lâcher la proie pour l'ombre - solo   Jeu 8 Sep - 18:03



Lâcher la Proie pour l'Ombre


Céladopole - Nuit - Kanto





Mon pied quitte le sol. La sensation d'apesenteur ne dure qu'un infime instant. Seth a disparu, tous les Pokémon avec lui. Je suis seul. Il n'y a rien ici. Suis-je piégé ? J'en ai bien peur. Je sais néanmoins que la créature à l'origine de ce mirage n'a rien à y gagner. La semelle de mes chaussures n'émet aucun son lorsque je me déplace. Peut-être n'est-ce qu'un montage de mon esprit, cette sensation de "marcher". Je ne marche pas, car où pourrais-je bien aller ?

" Merveilleux ! Et maintenant ? "

Je n'imagine que trop bien quel genre d'épreuve cet être vil et retord veut me donner. Je lutte un bref instant contre ma jambe, contre mes pieds qui refusent d'avancer. Je dois faire fi de tout, revenir au centre, faire table rase. Ainsi, il n'y aura plus de prise pour ses ruses. Je le forcerai à se montrer. Il répondra de ses crimes. Et moi des miens. Allez.

Les volutes d'encre s'effilent lentement en un curieux dégradé de gris et de mauve. Je guette le moindre mouvement dans cette masse informe, le moindre bruit. Tous mes sens sont aux aguets, même si mon esprit, lui, sait pertinemment que rien de ce qui ne se tramera ici n'a voie au réel. Je ne dois pas dévier de cette pensée, car là est le véritable piège. Effacer la barrière, mince mais irréfutable, entre le plan physique et le plan mental.

Maintenant ? Maintenant nous avons toute l'éternité pour discuter... Hm ? Alors, par où commençons-nous ? Peut-être par... Oh ! Oui.

Mes yeux se plissent devant la soudaine luminosité. A la place du néant habituel, j'aperçois à présent une pelouse. L'éclairage a quelque chose d'étrange. Je ne me souvenais pas d'avoir un jour vu une herbe aussi terne, aussi... Tout est comme si le soleil du soir nous délivrait des rayons mauves et verts, drapant un paysage familier d'une aura funeste. A chacun de mes pas, la fumée d'encre se dissipe davantage. L'horizon se dévoile. Un arbre, un jardin, un petit chemin. Ici, des fleurs pâles. Et là. Une minuscule silhouette est assise sur un petit siège de bois, lui-même suspendu en l'air par de grossières cordes de chanvre. Il n'y a pas de vent : je peux voir les reflets fantomatiques sur les feuilles du chêne. Les buissons ne bruissent pas. Seuls les vieux gonds en acier grincent avec la régularité d'un métronome. Pas de rires, pas de bruit. Seulement cette silhouette, ses pieds qui raclent le sol à chaque mouvement de balancier, et le grincement du métal.

" Je connais cet endroit. C'est... "

Cette balançoire : est-ce vraiment celle du jardin d'Eva ? Je m'approche. Mon coeur se met soudain à battre. Fort. Très fort... Là, cette petite fille. Cette robe. Je perçois maintenant la dentelle qui l'orne. Elle me tourne le dos. Elle...

Allons donc. Aurais-tu peur ? Fwuhuhuhuhuhuhu !

Non.

Comme c'est amusant.






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MessageSujet: Re: Lâcher la proie pour l'ombre - solo   Ven 30 Sep - 21:28



Lâcher la Proie pour l'Ombre


Céladopole - Nuit - Kanto





Cette silhouette solitaire. Je ne la quitte plus du regard, et tout est comme si plus rien n'existait. J'ai beau savoir, jusque dans l'acier de ma raison, qu'elle n'est rien d'autre qu'une illusion, une tromperie d'un réalisme vicieux, la curiosité maladive, l'espoir d'avoir tort - ou raison, je ne sais plus - me fait demeurer là où j'aurais dû m'enfuir. Mais où Archibald ? Où irais-tu ? Tu as accepté les règles du jeu, tu les connais ! Il te tient, et ne te lâchera plus avant que tu n'aies hurlé ton renoncement à tout ce qui t'est cher.

J'hésite. Mon pied fait un léger va-et-vient, avant de se poser définitivement dans l'herbe. Je m'attends à entendre de nouveau la voix. Son ricanement, comme une feuille froissée, un coup de vent dans les arbres, partout et nulle part à la fois. Mais rien.

Mais, au fond de mes entrailles, les nœuds sont déjà formés. Maudite appréhension ! AI-je vraiment peur ? C'est stupide. Pourtant, je sais que j'aurais préféré quelque chose à rien. Ce rien-là me rend nerveux.

Alors te revoilà. Haha... Quelle suffisance... Ou peut-être inconscience ? Tu ne sais pas ce qu'est la souffrance, n'est-ce pas ? Non, tu as toujours vécu avec ce soleil dans les yeux. Il t'aveugle !

Ne te retourne pas. Tu ne sais pas combien tout cela me meurtrit. Ou peut-être ne le sais-tu que trop bien justement. Qu'est-ce que cela fait, de tenir le manche de l'arme et de la tourner dans la plaie ? Ne te retourne pas. Ne me regarde pas.

Comment oses-tu revenir. Comment peux-tu croire que je te donnerais encore une chance ! Après ce que tu m'as fait ?!

Mais la silhouette n'entend rien. Celui qui tire ces ficelles est trop heureux de son tour ! Et je reste là, impuissant, face à ce que je ne voulais ni voir ni savoir. Je vis au présent, par le phénix, le passé n'est qu'une illusion ! Cesse donc de me hanter. Va torturer d'autres que moi. Enfin...

Les pieds aux souliers cirés contournent la balançoire et je vois, dans un tourbillon de jupes et de dentelles, le visage de ce fantôme qui m'accuse. je vois, paraître dans ce cyclone de mèches noires comme la nuit, un visage que j'avais fini, dans le secret de mon être, par enterrer. Par enterrer vivant, semblait-il.


Merredith.


Je me fige, et tout en moi n'est plus que glace et terreur. Si ses yeux avaient pu tuer, je serais mort mille fois.

" Je... Non. Je ne... Tout ça n'est qu'un manège abject ! Sors d'ici ! "

Pas avant de t'avoir fait regretter ta traîtrise ! Pas avant d'avoir lavé cet affront !!

" Non, attends ! Je... Cela fait si longtemps. C'était... C'est une autre vie. Almia n'est plus. Je ne voulais pas de cela, tu le sais. Je ne l'ai jamais voulu. Pas plus maintenant. "

Tu n'es qu'un misérable vaut-rien.

Mon coeur se fend. Tout se fend. C'est un miroir brisé, un piano fracassé. Une discordance abominable.






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MessageSujet: Re: Lâcher la proie pour l'ombre - solo   Dim 6 Aoû - 23:44



Lâcher la Proie pour l'Ombre


Céladopole - Nuit - Kanto





Qui pouvait croire qu'une simple illusion pareille à celle-ci pouvait faire autant de dégâts ? J'ai mal. Mal à l'âme. C'est cette aiguille chauffée à blanc qui s'enfonce jusque dans le coeur, et y reste profondément fichée, jusqu'à ce que la brûlure s'y propage. Odieux fantôme ! Je savais qu'un jour je regretterai. Mais si tôt ? Que n'ai-je attendu le soir de ma vie pour avoir à payer cette misérable dette !



Pas avant de t'avoir fait regretter ta traîtrise ! Pas avant d'avoir lavé cet affront !!

J'entends ses pas. Sa course sur le pavé de l'allée... Cette allée. Là, là-haut sur la colline, le manoir est identique à mes souvenirs. Toujours gris, ses vitres empoussiérées et ses décors mornes. Je ne suis plus qu'un adolescent apeuré, un livre volé sous sa veste. Un Arcanin aboit méchamment. Je contourne la bâtisse : non, je n'y retournerai pas. Pas même lorsque la voix de Merredith s'est transformée : Eleanor. Par le Feu, qu'elle disparaisse ! Laissez-moi, donc, misérables fantômes ! Vous n'êtes qu'illusion.

Où crois-tu aller comme ça, espèce de petit voleur ! Maman ! Archibald a encore pris des libres sans demander ! MAMAAAN !

Mes pieds filent sur l'herbe. Mon souffle est court, mais je suis de nouveau loin. La montagne. Je comprends maintenant où il souhaite en venir. Je continue ma course, mais désormais, ma tête est libre, libre de penser. Alors, je sais ce qui vient après. Je sais ce que le spectre projette. Je brise le miroir, je dis non, et je bifurque. La roche s'aigise, je vois les remparts jadis couverts de neige approcher. Le vent souffle et me repousse : il sait que je sais, et tente de m'y ramener. Je continue. Archibald n'a pas dit son dernier mot. Pas encore.

Fuis donc ! Tu ne le peux pas. Ta vanité t'a déjà perdu !

Au travers du voile ténu de l'illusion, je sens de nouveau le froid des prémices de l'aube. La réalité est proche... et pourtant je ne l'atteins pas ! Comment peut-il m'emprisonner si facilement ? Ai-je été si ébranlé que je ne puisse plus faire machine arrière ? Archibald, Archibald, réfléchit. Il n'est plus temps de se lamenter. Agis !

Je tombe à genoux sur ce qui était, quelques secondes auparavant, un tapis d'herbe sèche. Je regarde mes paumes : ils sont encore là, ces deux dessins à l'encre noire, qui, mêlée à mon sang m'a jadis mêlé aux affaires d'un être dont j'aurais sans doute mieux fait d'ignorer l'existence. Je les fixe. Mes paumes, elles, ont vieilli, se son endurcies, balafrées aussi, mais l'encre demeure. Je ferme les yeux, cherche au fond de moi, cette flamme noire qui lie nos existences.

Hen to Pan.

Je relie les dessins, jusqu'à ce qu'ils n'en forment qu'un, continu. Je sens les présences de tous ceux qu'il aimerait encore jeter au travers de mes pas, toutes les fois où j'ai failli, où j'ai échoué. Où j'ai souffert. Je ne suis plus là. Je les laisse se ruer sur mon absence, sur ce que je leur laisse de crainte, de mauvaise humeur, d'incertitudes, de tristesse, aussi. Le froid me mord, je bascule en avant. Je perds la notion de l'espace encore, quand soudain le noir se déchire, me jetant sur un pavé humide de la rosée de la nuit. Mes paumes se séparent pour tenter d'amortir la chute.

" Arf. "

Céladopole, enfin ! Je n'ai jamais eu d'affection particulière pour cette ville, mais que je suis heureux de la revoir ! Je réalise que la ruelle n'est pas celle que j'ai quitté en entrant dans le vortex : j'ai été transporté plus loin sur la banlieue, où l'éclairage vacillant rend encore plus difficile le déplacement dans ce labyrinthe de murs et de trottoirs. Mon genou heurte le pavé, laissant une trace sur mon pantalon encore propre de la veille. Arc-bouté sur ma canne, je me relève, pour sentir dans mon dos un regard. Je ne suis plus seul dans la travée noire. Et ce regard n'est pas celui d'un Darkrai.

Il est bien pire.

D'un revers de manche, j'essuie le sang qui perle de ma commissure et me retourne, les pupilles dilatées de n'y voir que de l'ombre. D'abord je n'y distingue rien. Puis, quand il s'avance à la faveur d'un grésillement de néon, je devine les contours de son nez et ses mèches tirant désormais plus sur le blanc que sur le blond.

" Bonsoir, cher petit frère. "

Ce sourire. Ces yeux. Tout ce que je hais malgré ma promesse de ne pas haïr. Trop de choses à jamais balayées par le temps. Je prends le temps de me redresser, et bien que ma mise ait été malmené par mon étrange voyage, je ne cherche pas à l'arranger. Peut-être pour accentuer davantage le fossé qui nous sépare.

" Je ne suis plus ton frère depuis bien longtemps. "

Quelle triste vérité. L'ai-je un jour été ? Je n'en ai guère le souvenir. Jadis enfant, déjà, tu me haïssais sans que jamais je ne sache vraiment pourquoi. Tu savais toujours trouver beaucoup d'ingénieuses raisons. Peut-être sommes-nous trop différents pour un jour nous comprendre.

" Vraiment ? Hm, je suppose que tu as raison. Toi et moi, c'est un peu comme essayer de mélanger de l'eau avec de l'huile... On peut toujours essayer, ça ne donne jamais rien de bon. Malheureusement pour toi, Archibald, aux yeux de la loi de ce monde, tu es toujours mon frère. Mon pauvre abruti et dégénéré de frère. La faute à père, sans doute ? Parlons-en tiens.

-Je n'ai strictement rien à lui dire. Pas plus qu'à toi.

-A lui dire ?
"

Le mot lui-même paraît incongru. Je vois de nouveau sa commissure se tordre, et il ne cherche pas à retenir son rire.

" Ah ! Tu n'as pas à t'inquiéter pour ça, le seul à qui tu parleras, c'est bien moi. Navré. Et parler, nous allons devoir le faire. "

Hélas, je n'ai pas la faveur d'un instant de réflexion pour saisir tous les sous-entendus de cette phrase. Des murs de la rue, cinq hommes en noir, cagoulés et armés, se rangent du côté de ce vaut-rien. Eh bien, je me serais presque senti flâtté d'un tel comité d'accueil si je n'avais reconnu cette milice venue de loin. Ah, certes non, le nom des Lannysser n'a pas toujours été immaculé, ni aucun des noms des grandes maisons d'Almia. Mais en arriver là ? Qu'ai-je donc pu faire qui ait valu de me traquer jusqu'à Kanto ?

" Quel courage ! Fabuleux. Comme je viens de l'affirmer, je n'ai strictement rien à dire. Approche encore, Stanislas, et il t'en cuira. "

Ma main tremble sur le pommeau. J'ai le souffle court. Quoi ? Qui peut en arriver à proférer de telles menaces ? Est-ce que je partage réellement le sang d'un être aussi détestable ? Par l'Ether, jamais.

" C'est une menace ? "

Je vis luire une dent entre ses lèvres. Si ces yeux ne m'avaient pas été si singulièrement familier, j'aurais pensé que ce sourire appartenait à un autre.

" Une simple mise en garde. Mais si tu insistes, j'insisterai aussi. "

Le groupe se décide à sortir de son immobilisme et m'encercle. Ma main tremble de plus belle, et je montre les dents. J'avais juré, oui mon ami. Florian me pardonnera-t-il ? Il le devra, car c'est ainsi qu'est fait notre serment : cette lame doit défendre une vie, et aujourd'hui elle défendra la mienne ! Pourtant, je ne parviens pas à dénouer ce nœud au creux de mon estomac. Le véritable piège n'était pas là où je l'attendais. Le spectre n'était que l’appât, et j'ai mordu, comme l'imbécile que je suis.

" Alors je me permets d'insister. Je ne me déplace jamais pour rien. "

D'un coup sec, je fais sauter le cliquet qui retient le pommeau. Avec un chuintement caractéristique, mon arme secrète se révèle de toute sa longueur : trois pieds d'acier forgés par la flamme d'un Dracaufeu. Bon sang, avais-je réellement imaginé en arriver là un jour ? J'imagine que oui. Tous ces souvenirs sont si flous... Pourtant, elle est bien là, ma vieille rapière, intacte au travers des ans. Arme futile d'un homme qui ne veut plus se retrancher derrière un Pokémon, et qui entend leur épargner son déshonneur. Je vois passer un éclair de surprise derrière les lunettes. De mollement passive, l'attitude de l'assemblée devient franchement hostile.

" Je savais bien que tu étais assez dérangé pour tenter n'importe quoi. Je te répugne à ce point ? Quoi ? Oh, suis-je bête ! On te dit malade : c'est vrai ? Montre-moi à quel point tu l'es. "

Dérangé ? Oh oui, je l'ai toujours été à tes yeux ! Mais qui, ici, est le plus fou de nous deux ?! Regarde-toi ! Venir jusqu'ici me chercher, des décennies après, et pourquoi ? Vas-tu me le dire ? Ou préfères-tu me le faire deviner ? Je le pourrais bien ! Je peux voir sans doute plus loin que toi et ta paire de lunettes... Tu as toujours été plus myope qu'un Insolourdo.

Il me brave, faisant un pas en avant, le bruit de sa chaussure comme un point d'exclamation dans le silence. Le tremblement de ma main s'arrête brusquement. Je le vois qui avance encore, suffisant. Assez ! Je reporte la totalité de mon poids sur ma jambe solide, et je me fends sur son épaule. Immortelle seconde, où je vois la peur traverser ton crâne quand tu comprends que cette faiblesse que je te donnais à voir n'est qu'une ruse pour mieux te prendre à ton propre jeu. Sur le côté, l'un des chien de garde me fonce dessus, mais trop tard : la lame à couper net le haut de l'habit et Stanislas recule, le feu du fer encore sur sa chair.

" RAAaarg ! "

Je suis balayé d'un violent coup de poing. Le garde s'apprête à me fondre dessus avec un délice mal dissimulé, quand la voix du maître gronde.

" Non, laisse ça ! Il est à moi.... Tu vas me payer ça, très cher. "

Sa main essuie le sang de la balafre. Mon pied valide part au devant du sien et tente de l'enlever du sol, sans succès. Un ricanement sistre accueille ma bravade. Je sens le coup rouvrir la blessure reçue la veille dans le laboratoire, mon bras formant un angle bizarre avec mon coude. Jamais je n'aurais dû me défaire de cette attelle si vite...

" Tu es encore plus stupide que dans mon souvenir. Ou bien est-ce l'errance qui t'a rendu si sot ? "

Je crache à ses pieds. Voilà, "frère", la seule chose que tu n'auras jamais de moi. Tu n'es rien, plus rien depuis le jour où vous m'avez renié, tous autant que vous êtes.

" Va au diable. "

S'il peut bien vouloir encore de toi. Même un Arbok s'empoisonnerait à te mordre ! - Et à mon geste, à ma phrase pleine de fiel, les hommes de mon frère s'agitent, prenant en main leurs pokéball, comme si leurs armes n'étaient plus suffisantes pour me paraître intimidante. Mais, chose intrigante, aucun n'avait encore fait mine de faire usage de la force.

" J'y suis déjà. "

Une seconde, j'entends son rire, et la pointe de son pied heurte ma mâchoire plus fort que je ne l'avais escompté. Douleur. Une myriade d'étoiles m’emplit la vue, rayée tel un cruel arc-en-ciel n'ayant rien de beau. Je m'efforce, de tout ce qui demeure encore inflexible en moi, de ne pas céder à la tentation de libérer ce cri qui m'arrache la gorge. Le goût métallique du sang me brouille les sens. J'ouvre un œil. Sur la scène renversée à l'horizontale, je vois Seth surgir du fond de la ruelle, bondir comme une boule de feu sur le groupe. Sa griffe lacère une jambe qui se trouve sur son passage, avant qu'il ne disparaître. La main de mon frère fuse sous son manteau, et je reconnais le six-coups qui était autrefois caché dans le buffet du salon. Une arme à feu contre un Pokémon. Quelle misère que celle de l'être humain...

" Je savais bien que ton maudit toutou finirait par montrer le bout de son museau ! Chassez-moi cette maudite bête ! "

Le revolver tire un coup dans le noir. Puis un autre. Le Pokémon est trop rapide pour lui, il le manque. Un Tranche-Nuit traverse la rue et manque de découper Stanislas et trois de ces ouailles sur pied. Je tente de couvrir le hurlement du vent en jouant la diversion.

"Laisse-le tranquille ! Le seul qui a affaire avec toi, ici, c'est moi ! "

Ma tête retombe sur le pavé. Non, Seth. Non, cette fois tu ne peux pas gagner : je sais que tu veux, mais pas cette fois ! Je frémis quand l'une des pokéball s'ouvre quelques mètres plus loin, en rempart entre les hommes et mon compagnon. Un Lucario, en tout point identique à celui jadis utilisé par mon père et sa clique. Un Pokémon de type Combat, entrainé dans le but de protéger ceux qu'il sert. Un fanatique, comme tant d'autres. Mais je ne peux me résoudre à lancer Seth contre lui : les Ténèbres sont en difficulté face à son double type, et pour rien au monde je ne laisserai mon ami aux mains de ma folle de famille.

" Je me moque éperdument de tes petites marionnettes. Qu'ils s'avisent de nous attaquer... et je te prouve que je suis un Lannysser bien plus que toi, le cadet ! "

Les prunelles de sang étincellent, et je sens le froid venir comme annonciateur de l'orage. Seth s'apprête à attaquer, fou de rage - à tel point que sa colère vibre dans l'air. Des forces que j'ai, je fais un geste, un seul, où toutes sont concentrées en un instant : je le vois stopper net. Mes doigts tremblent, mais jamais mon regard n'avait été si dur, si tranchant envers lui. Non.

" Non. Non Seth. "

Va-t-en ! Va-t-en, ami, pour tout ce que l'Univers porte d'espoir... Je ne veux pas te voir tomber pour moi. Notre combat n'est pas terminé, mais tu ne peux pas gagner cette bataille pour moi. L'Absol rugit.

" Va-t-en ! Va-t-en !  Je t'en prie... "

Ma voix se brise d'elle-même. Toute la tristesse du monde se reflète alors dans ce regard, ce regard que j'ai tant de fois contemplé, admiré, chéri. Oh Seth, toi aussi je t'ai trahi ? Mais ne comprenez-vous donc pas, tous ? Un frisson glacé parcourt le pelage immaculé. Je suis défait, anéanti. Je ne peux plus respirer. Je t'en prie, hurle mon esprit, ne rend pas cet instant plus douloureux encore. Va. Va, suit Eva, suit la et veille de loin sur elle... Nous nous reverrons. Un jour... Un jour de beau temps, où le soleil brillera. Je souris. Je... Je ne peux pas.

Avec un cri déchirant, Seth fait demi-tour et se perd dans le brouillard de la ville. Je le regarde partir. Autour de moi, les Lucario sont désormais quatre. et forment un mur entre Stanislas et moi. Mon regard retombe sur la rue, puis sur ma main, toujours accrochée désespérément à l'épée teintée de pourpre. A moins de deux mètres, une forme circulaire attire mon attention. Une bouche d'égout mal scellée.

" Eh bien, on dirait que même tes Pokémon te lâchent, mon pauvre. Tu... "

Toute la force de mon esprit n'a pas été suffisante : je pensais pourtant y parvenir. Le bout carré de ma chaussure m'aide cependant à achever de soulever le lourd couvercle, suffisamment pour que je puisse m'y glisser : je ne cherche pas à savoir où je vais. Je me contente de me laisser choir. Je tombe sur un bon mètre avant de me recevoir sur le fond dur et humide. Avec un grincement, je tente de rouler sur le côté malgré la douleur. Il faut que je file. Maintenant. Tout de suite ! Ma main tâtonne dans l'obscurité, aveugle, à la recherche de ma lame. Il en va de ma survie. Au-dessus, les aboiements fusent déjà.




Avec lenteur, Stanislas Lannysser se penche pour ramasser le fourreau vide de la canne. L'un des hommes l'interpelle.

" Le félin va s'échapper !

-Je me fiche complètement de lui ! Descendez et attrapez-moi ce rat en costume ! Je le veux vivant ! Vivant, vous m'entendez ?!
"

Les hommes se précipitèrent en désordre dans la bouche béante de l’égout, sans avoir la moindre idée de ce qu'ils allaient y trouver. Mais ils étaient suffisamment bien payé pour ça... Quant à leur meneur, il planait désormais une aura au-dessus de son épaule qui ne laissait aucun doute sur le sort de celui qui oserait faire une objection.

Dans un concert de bruits métalliques, les hommes de main descendirent l'échelle poisseuse et s'égaillèrent dans l'obscurité du lieu. Des kilomètres de tunnels humides et sales : voilà ce qui consituait le domaine souterrain qui arpentait les entrailles de Céladopole, s'étendait loin sous leurs pieds, pour rejeter, conjointement aux autres villes, des fleuves d'eaux usées dans une station d'épuration près de la mer.

Leur proie n'avait pas eu le temps de cavaler bien loin. Lampes torches allumées, ils entamèrent leur traque, bien décidés à mettre la main sur Archibald Lannysser.







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Archibald Lannysser
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MessageSujet: Re: Lâcher la proie pour l'ombre - solo   Mar 8 Aoû - 0:20



Lâcher la Proie pour l'Ombre


Céladopole - Nuit - Kanto





Je sens le fil acéré ripper contre la peau tendue de ma gorge. Quelle terrible sensation... Je laisse le peu de volonté qu'il me reste se concentrer sur les battements de mon cœur. Je les ralentis, un à un, seconde après seconde, pour m'économiser. Je le sens : cette nuit dans les égouts sera longue.

" Je devrais te décapiter avec. Ce serait une délicieuse ironie, tu ne trouves pas ? "

Il attend, il jouit de me tenir ainsi, de tenir entre ses mains ma vie et le reste. Je ne réponds rien. Le fil de mon épée quitte ma gorge, et la tension sur mes cheveux se relâche brusquement. Ma tête part en avant : je ne sens presque plus ma nuque, à présent.

" Mais non. Je ne suis pas comme toi, Archibald : je n'ai jamais nourri de fantasme meurtrier envers ma propre famille. Bien que dernièrement, tu m'aies donné quelques arrières pensées, je le concède. "

Il écarte le pan de sa veste et je vois, dans le rayon des torches, le trait de sang coagulé que mon coup lui a laissé en travers du torse, sous la coupure nette et précise de la chemise.

" Tu m'as fait courir ? Maintenant c'est moi qui vais te faire chanter. "

Il me fait face, et sans crier garde, son pied me cueille à l'estomac. Je ploie, le front contre les genoux, peinant à étouffer un cri plus proche du gémissement que du. Encore trempé de ma course dans l'eau saumâtre, je crois ne m'être jamais senti aussi sale... ni autant humilié. La douleur se diffuse dans tout mon abdomen, laissant sur son sillage une amertume que je pensais ne pas avoir à subir de nouveau.




Les hommes et leurs Pokémon s'étaient élancés dans les tunnels par groupe de deux. Minutieusement, ils avaient fouillé l'endroit, chaque mètre carré d'eau et de bordure, de tuyaux et de crevasse.

Archibald s'était enfoncé au gré du hasard dans ce labyrinthe humide aux odeurs nauséabondes. Il avait tout fait pour éviter de s'enfoncer dans ce marasme opaque, d'où l'on voyait parfois émerger les yeux globuleux d'un Tadmorv. Mais il avait fallu se salir. Patauger maladroitement, sa jambe raide et un peu folle tremblant davantage à chaque pas. Archibald avait tenu, des minutes. es heures. Ils les avaient semés, éparpillés, avantagé par sa discrétion et sa ruse. Pourtant, le jeu ne tourna pas en sa faveur. Au détour d'un coude, il n'eut pas le choix que d'entrer dans un tuyau métallique, et le bruit attira l'attention des chasseurs. Un cul-de-sac, et pour seul échappatoire, un demi-tour qui signait sa fin.

Alors, ils l'avaient trouvé. La meute avait fondu sur lui avec une clameur de joie et de rage. Il s'était battu, battu comme jamais il ne l'avait fait. Acculé contre le mur, il était celui qui n'avait rien à perdre. L'épée avait claqué dans le noir, son sifflement les avait fait reculer, incertains. Mais que pouvait-il, à part en cisailler quelques uns, avant qu'un Pokémon ne le désarme, indifférent à son adresse de bretteur improvisé ? Il ne s'était pas rendu.

Il avait été vaincu, et comme un soldat tombe sur le champ de bataille, encore une fois, encore... Il s'était retrouvé au sol. Lié, muselé, battu pour faire bonne mesure et se venger des cicatrices qu'il avait eu l'audace d'infliger.





" Maintenant, il est temps de parler. Je ne suis pas venu pour te descendre, bien qu'en un sens, l'option n'aurait pas été extravagante, compte tenu de ta situation désespérée et de la gêne que tu m'occasionnes. J'avais bien compris que tu n'avais jamais été un garçon très équilibré... J'en ai maintenant la preuve... Mais cela ne change rien : tant que tu es en état de parler, je me moque de tes manies de possédé. "

Sa voix basse et sourde me semble un temps une rageuse logorrhée presque inaudible, avant qu'il ne revienne à son sujet d'attention première : moi. Moi et mes deux genoux écorchés sur le sol, mes mains liées par ma propre veste déchirée en un nœud bien trop serré. Moi et ce qui restait de mon ego brisé, de ma joie brûlée vive, de ma liberté ligotée. Un vulgaire prisonnier, un otage. Mieux, que dis-je : un souffre-douleur tout désigné.

" La tradition veut que l'héritage échoit à l'aîné. Et l'aîné, c'est moi. Jusque-là tout va bien. "

Je sens de nouveau sa poigne se saisir de mes cheveux et me tirer le crâne à la hauteur de ce qui paraît être un document officiel. J'étouffe un grognement quand mes vertèbres claquent sous la contrainte, mon œil parcourant rapidement en diagonale ce que je peux en voir.

" Alors peux-tu m'expliquer, Archibald Lannysser, ce que vient faire ton nom ici, là ?! "

Il déploie le papier et l’agite sous mon nez avec frénésie.

" C'est... un testament ? "

Une perle de sueur descend le long de mon échine, juste sous ma chemise. Cette signature : je la reconnais.

" Père... est mort. "

Ce n'est pas une question : je vois les lettres s'aligner sur la feuille à peine froissée. Ses dernières volontés, datées de près de deux ans auparavant.

" Mort depuis près de deux ans ! Deux ans, Archibald, que je cours les routes pour te mettre la main dessus, toi et ta sale manie de crapahuter comme un mendiant ! "

Le papier s'envole. Je manque de perdre l'équilibre lorsqu'il me relâche. Je le vois fourer de nouveau le testament dans sa poche. Il joue à présent avec mon épée, en proie à une terrible réflexion, agité, nerveux, et plus que jamais décidé à me faire sentir à quel point il ne m'a jamais apprécié. Il tournoie comme un Vostourno autour de moi, chacun de ses passages projette des ombres sur les pierres mal alignées des murs.

" J'ai d'abord cru à une farce. Tu me diras, rien de plus étrange de sa part, oui. On ne peut pas accuser notre père d'excès de légèreté. Mais après avoir tergiversé, fait analyser ce document une dizaine de fois, j'ai dû me rendre à l'évidence : ce document est authentique. Authentique ! "

Il se retourne. Me toise. Je tente de me redresser, de paraître ferme malgré le sang qui me coule sur le visage. Ce que je lis maintenant sur ce visage changé par la vie me conforte dans mes opinions... Le dégoût, le mépris. La haine. Et je suis un miroir face à lui, silencieux.

" Comment mon propre père a-t-il pu me déshériter ? Moi, son fils aîné ? Celui qui ait tout fait pour porter haut les couleurs de notre moribonde de maison ? Me déshériter pour qui ? POUR UN PUTAIN DE CREVARD QUI L'A RENIE IL Y A DES DÉCENNIES ! ET QUI N'A JAMAIS RIEN FAIT DE SA VIE QUE DE DÉSHONORER SON NOM ! "

L'écho de sa voix porte dans tous les tunnels, et je ne serais pas surpris de l'entendre remonter jusque dans les chaumières en surface. Je tressaille sous l'insulte. Je peux sentir mes propres prunelles s'étrécir de colère, la glace me couler dans les veines. Mes poings se serrent entre les liens qui me maintiennent impotent. Je suis à sa merci, incapable de ne serait-ce que lui aplatir une baffe magistrale telle qu'il me les a lui-même distribué.

" Comment ?! Comment est-ce possible ?! Il y a forcément une explication. "

Je me tais. Je contemple sa propre folie le ronger comme un ver dans une pomme.

" Et je veux cette explication. Je veux savoir ce qui s'est passé entre mon père et toi, pour qu'une telle chose ait pu arriver ! C'est ce que je suis venu chercher. Ainsi que ton renoncement. "

Le silence lui répond. Tel un fil tiré depuis un dévidoir, les éléments s'enchaînent dans ma conscience. Je commence à tisser partiellement un canevas.

" Mon renoncement...

-Un traine-savate de ton genre n'a rien à faire d'un tel héritage. J'exige que tu renonces à cet héritage - sur lequel tu n'aurais jamais dû avoir aucun droits !
"

J'inspire, j'expire, et je sens l'air tourbillonner dans mes poumons. L'air lourd et vicié de cet endroit immonde. Il fallait bien ça pour un tel tête à tête... Un café huppé aurait juré, sans doute ! Doucement, sur ma joue, je sens la croûte carmine qui coagule. Dans l'angle, impassible, l'un des Lucario me regarde. Je devine, lorsque nos yeux se croisent, qu'il aimerait être ailleurs. ne pas assister à cette scène : je connais peu de Pokémon aussi moraux que les Lucario. Ce que Stanislas fait n'a aucun sens, et il le sait. Je n'attends aucun salut des Hommes, mais je caresse l'infime espoir que les Pokémon puissent encore entendre ma détresse.

" Tu en es réduit à ça ? "

Je hoquette, d'abord de surprise, puis de rire. Un rire jaune, grinçant, éraillé par le sang qui m'emplit encore la bouche.

" Réduit à traquer et séquestrer ton propre frère cadet pour lui arracher une signature en bas d'une page ? Ah... Ahahahahahahaha ! "

Mon rire déraille - moi avec. Diantre, que c'est absurde ! C'est inouï, stérile, futile, et tellement... non, en vérité, ce n'est que l'arrivée au faite de la paranoïa qui couvait chez lui depuis toujours. La fin d'une longue ascension. Le point culminant d'un processus ubuesque ! Et moi ? Moi, je ne suis bon qu'à payer pour son propre échec, une simple catharsis qui n'a pas encore fini d'expier des fautes imaginaires.

" C'est - ridicule ! "

Il n'y avait pas d'autre mot.

" Je ne sais - rien ! Tu perds ton temps, Stanislas. Tu perds ton temps... "

J'aperçois mon reflet dans l'acier poli de ma vieille lame. La pointe s'approche de mon visage, effleure l'os de ma mâchoire, avant de venir appuyer douloureusement sous le menton. Juste assez pour laisser place à l'imagination - et cette imagination, je la devine dans les yeux noir de ressentiment de Stanislas.

" Je ne perds jamais mon temps. Jamais ! "

Allait-il encore penser que sa force et ma faiblesse étaient la solution ? Que me frapper allait me délester de quelque sombre secret ? Mais il n'y a aucun secret Stanislas. Pas dans cette voie, pas que tu ne veuilles connaître. Je n'ai jamais revu personne, et certainement pas mon père. Tu l'as vu pour la dernière fois, pas moi. Un instant, j'attends le coup, qui ne vient pas. Une mèche me tombe sur la tempe, mon nez s'abaisse et je regarde le sol, absent. Tant de choses dont je n'aurais jamais connaissance. Pourquoi devrais-je payer pour un passé dont je n'ai jamais voulu ? Pourquoi ? Allez donc, vous et vos fichus carcans.

" C'est pourtant le cas. Père ne m'a jamais rien dit. La dernière fois que je l'ai vu, c'était sur ce maudit perron. A cette époque, déjà, il n'y avait plus de lilas... "

Nous nous fixons, tels deux hiboux déterminés à ne pas ciller. Son visage n'est qu'à quelques centimètres du mien.

D'un geste, il appelle sa garde. Mes lèvres se déchirent en un rictus acide. Lâche. Tu n'aimes pas te salir les mains, si bien qu'il te faille faire faire les tâches ingrates par quelques domestiques bien payés ? Félon, crapule, vermine ! Que n'aurais-je assez d'adjectifs pour te qualifier, rejeton honni.

" Faites-lui cracher le morceau. J'en ai ma claque de ces histoires. "

Un dernière fois, je le fixe droit dans les yeux, où je plante toute mon ire, tout ce que m'inspire ma situation et les sacrifices qu'elle a impliqué. Si tu possèdes encore une once de jugement. Alors prend peur, car je n'aurais pas assez d'une éternité pour me venger de cet affront.

" Je... n'ai... jamais... Argh..."

Une main me jette à terre. Une autre me frappe à la tempe. On me gifle, on me piétine. Un pied me rentre dans les côtes. Au quatrième coup, le bout renforcé d'une botte s'abat sur ma hanche. Droit sur ma vieille fracture.

Un éclair. Cette souffrance... Ce souvenir. Je me tiens sur le toit. Ah, ce devait être facile ! Justes quelques tuiles à replacer ! Florian me les a monté, je n'ai plus qu'à les poser. Mais je n'ai pas vérifié la solidité des poutres, ni l'accroche des passerelles. Fi, l'une d'elle était pourrie, et je ne le savais pas. Trois mètres vingt plus bas, le sol m'accueillit sans aucune douceur. J'aurais pu mourir. Non, j'aurais dû ! Était-ce un miracle que je ne m'y sois pas brisé le cou ? Sans doute. Sans doute...

Je ne suis plus qu'un cri de douleur. Je ne peux plus penser à rien. Je suis enseveli sous une dizaine de kilos de tuiles et de bois. Et ma jambe... Oh, ma jambe ! Je ne la sens même plus.

Avez-vous enfin fini avec vos stupidités, mortels ?! Alors, j'attends. Je te préviens, Stanislas : ne t'avise pas de détruire ton frère avant qu'il n'ait remboursé sa dette. Sinon, tu la paieras à sa place !!

Dehors, le jour commençait à poindre.






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MessageSujet: Re: Lâcher la proie pour l'ombre - solo   Jeu 10 Aoû - 0:48



Lâcher la Proie pour l'Ombre


Céladopole - Nuit - Kanto





Ainsi, mon cher, tu auras sans doute passé plus de temps le nez contre le sol qu'en l'air, au cours de cette existence... A quoi la vie tient-elle. Une perle salée s'échappe du coin de mon œil droit, qui ne voit plus rien  que les saletés fossilisées contre les pierres irrégulières. J'essaye de respirer, la bouche entrouverte, les poumons douloureux. Je n'entends plus qu'un bourdonnement sourd. Ce doit être la voix de mon frère, ou celle de l'un des gardes. Je ne comprends rien, je ne veux pas comprendre. Je ne veux que panser mes plaies, me recroqueviller sur ce qui reste de mon corps pour tenter d'éteindre le feu de souffrance que ce coup d'une lâcheté extrême a rallumé.

Des chutes ? Il y en a eu. Des coups, parfois aussi. Mais... Jamais un tel éclair de douleur, non. Pas depuis le jour maudit où le destin a manqué l'occasion de me rendre unijambiste définitivement.



" Vous... vous pensez pouvoir faire quelque chose ?
-Eh bien, dans cet état, c'est difficile à dire. Si vous l'aviez amené directement, nous aurions pu poser une plaque, mais là...
-Pardi'qu'on a fait qu'aussi vite qu'on a pu ! C'qu'on a pas d'train d'par chez nous ! L'Pokémon y fait s'qu'il peut !
-Je ne vous critique pas, non ! Je dis simplement que je suis médecin, pas magicien... même avec un accès aux meilleurs techniques, une fracture qui n'est pas traité pendant plusieurs jours laisse des séquelles. Et malheureusement, ici, ce n'est qu'un hôpital de province... Nous allons faire de notre mieux.
"

" Vous voulez dire que je ne pourrais plus jamais marcher ?
-N'exagérons rien. Disons que je peux difficilement vous donner une réponse fiable. Nous verrons lors de la rééducation. Mais je crains que vous ne conserviez une boiterie, dans le meilleur des cas.
"




Archibald le boiteux. Non. Archibald à-cloche-pied pour le restant de sa vie. Un titre alléchant, à n'en pas douter...

Un gémissement m'échappe. Peut-il encore être question de gêne, de honte, alors que l'on me torture délibérément ? Je n'en peux plus. La nuit passée m'a laissé épuisé et rongé de remords. Je ne pourrais pas en passer une de plus sous pareil traitement. J'ai faim, soif, sommeil. Et je ne peux plus ni manger, ni boire, ni dormir. Ma conscience s’étiole, je chavire sous le calvaire. Combien de temps vont-ils encore continuer ? Et après ? Si je ne te dis pas ce que tu souhaites tant entendre, Stanislas, jusqu'où iras-tu ? Quel prix es-tu prêt à payer pour satisfaire ta bêtise ? Attendras-tu d'avoir noyé cette impasse crade sous mon sang pour comprendre que tu fait fausse route ? Que tout ceci n'est que pure gratuité ? Méchanceté et vile vengeance pas même avouée ? Pah. Reste dans ton ignorance. Laisse-moi, c'est tout ce que je veux. Tout ce que j'exige. Laisse-moi...
Laisse-moi.

" J'avais oublié que tu avais un "petit problème". Moi qui pensait que cette canne n'était là que pour décorer. "

Ma grimace lui répond. Je ne maîtrise même plus mes propres zygomatiques, qui se crispent, se dérobent à mon esprit soucieux de garder encore la maîtrise d'une situation qui dérape. Est-ce que je crois pouvoir attendrir qui que ce soit en laissant jaillir ma détresse sur mes traits ? Je ne fais qu'attiser la faim des charognards... Seuls les deux Pokémon encore hors de leurs prisons semblent comprendre à quel point cette scène est anormale, repoussante, surréaliste. Leur attitude neutre et placide se fendille. Dans la pénombre, leurs prunelles s'agitent et me regarde, mal à l'aise. On maltraite un Lannysser, et ils ont l'ordre de ne rien faire. Pire, de prendre part à la curée.

" Voilà qui devrais te dissuader de me mener en bateau plus avant ! Tu n'as toujours rien à m'avouer ? Pas la plus petite cachoterie ? Ce serait vicieux de ta part de m'obliger à t'infliger encore un pareil traitement. Tu ne crois pas ? Ah, à en juger par cet air, je pense avoir raison. "

Il s'éloigne de nouveau. Je sais que ce n'est qu'un éphémère répit. Il se sert de sa marche comme d'un prétexte pour réfléchir, m'observer, savoir sous quel angle il vaut mieux attaquer. Quel spectacle doit être le mien, de son point de vue, ah ! Ce fiel qui me brûle la langue... Que ne puis-je te le cracher au visage...! Toutes ces insultes... Vaines, stupides, impotentes, face à mon tourment et à l'ouragan de mauvaises pensées qu'il fait naître en moi. J'ai tant combattu mes travers. Pour qu’aujourd’hui tous me rattrapent, pour de simples coups qui pleuvent sur un corps de chair. Faiblesse. Faiblesse que la mienne.

" Pourquoi... fais-tu semblant... Je ne sais rien ! Rien de père, de vos magouilles imbéciles ! De ce testament, de... Rien ! RIEN ! "

Je sens sa main se poser sur l'os saillant au travers de mon pantalon. Elle est glacée. J'anticipe son idée avec un mouvement de recul, horrifié. Mais il me tient déjà.

" Belle fracture. Je me demande comment tu as bien pu réussir un tel coup. Tu ne t'es pas fais soigner ? Pas assez d'argent pour...

-LÂCHE-MOI !!!

-Je vais le faire, Archibald. Je le fais si tu me dis la vérité : QUI A FAIT CE TESTAMENT ?! QUAND ?! COMMENT ?!
"

La torsion augmente, et j'entends la vieille brèche sur l'os craquer sous ma peau. Je cède. Mon hurlement m'achève. Je n'ai plus ni voix ni volonté.

" On peut dire que tu m'auras poussé à bout ! J'espère que tu es fier de toi, hein, Archi' ? Je suis le vilain méchant, et toi, le pauvre gentil ? C'est trop facile. "

Mon nez quitte le sol quelques instants. Mes lèvres saignent quand je parle, lentement, essoufflé.

" Oh oui... Tellement facile de s'en prendre à un estropié ligoté ! Bats-toi donc, pleutre embourgeoisé ! Plutôt que de salir ton propre compte à attendre que je crie grâce pour un crime que je n'ai pas commis, chien galeux ! "

Il est si bien gardé qu'il n'a rien à dire pour que l'on s'exécute à sa place. Mon insulte est inconvenante ! Un coup de pied atteint ma rotule, le second pied suit et tape le tibia. Ils ont saisi, ça y est ! - leurs esprits étriqués ont compris où était ma faiblesse, et ils vont l'exploiter jusqu'à plus soif ! Je vous vomis, vermines. Puisse le ciel muet être témoin du retour qui vous sera infligé pour avoir frappé un homme à terre.

J'attends la suite - la fin, avec une sorte de résignation craintive. La douleur prévue surpassera-t-elle la précédente ? Une sorte de morbide pari s'installe. Allez, achève-moi. Fais-le, ais-en au moins le courage. Récupère ton papier, ta signature, ton argent et tout ton misérable fumier, et laisse donc mon cadavre en paix.

Un éclair bleu passe devant moi.. J'écarquille les yeux :  Lucario a paré le coup de sa patte armée d'acier. Le bras de l'homme semble se déliter sous l'impact. Je reste interdit, le visage à moitié tourné.

" Qu'est-ce que tu fais ?! Arrête-ça ! "

Rappel à l'ordre inutile. Le loup grogne, puis se retourne rapidement vers moi et me fais signe. Déguerpis avant qu'il ne t’assomme une fois de trop. Je tente, en un regard, en une liaison ténue avec son esprit, de lui faire comprendre que je ne suis plus en état de fuir. Un mélange de gratitude et d'abattement. Le Pokémon gronde de plus belle et je peux désormais discerner son aura à l’œil nu. Stanislas recule, incrédule - et moi de même. C'est... un miracle ? J'avais fini par douter de mes propres idéaux, ici bas...

" Grrrrggggggaaaaaaaaaoooooo !

-Seldon, rappelez votre Pokémon - Immédiatement !

-Oui monsieur, mais...

-Grrrrrraaaaaaaaaoooo !
"

Dans mon dos, je sens les liens se distendre subitement. La télékinésie me libère, tant dis que le second Pokémon, celui même qui avait retrouvé ma trace, m'aide à me lever, sous les yeux stupéfaits de son maître, déboussolé. En silence, je souris faiblement : ma gratitude, oui, pour avoir osé. Avoir affronté ses maîtres pour moi. Je suis lent, paralysé, saigné à blanc, hébété : je suis qu'un poids mort. Il ne renonce pas. Son compagnon s'interpose entre les humains et moi. Stanislas et sa voix de furie crie à la mutinerie. C'en est une ! La grosse patte griffue me prend par l'épaule et se hâte de me sortir de l'impasse sans un regard en arrière. Son pas n'est pas très assuré : je suis lourd et déséquilibré. Nous marchons, sans que je ne puisse deviner la fin de cette cavale. Après une dizaine de minutes, sur ce qui me semble être un chemin déjà parcouru une heure auparavant, le loup me dépose contre un mur, en m'indiquant un renfoncement à quelques pas. Il s'éloigne, me regarde encore, la mort dans l'âme - ce reproche que l'on se fait à soi-même d'avoir manqué à son devoir - puis disparaît.

" Merci. "

Je l'entends filer dans l'eau : il ne retourne pas chez les Lannysser, non. Sa Pokéball sera vide, désormais. Je souris à cette pensée. Cependant, mes contusions et mes ecchymoses m'empêchent d'en rire vraiment. Je circule, pas après pas, jusqu'à l'endroit indiqué. Autour de moi, l'air se refroidit. La présence que j'avais fini par oublier se rappelle à mon bon souvenir...

Bien. Un instant j'ai cru que j'avais misé sur le mauvais cheval... Alors, Alchimiste, te crois-tu toujours plus malin que moi ? Je sais me faire de bons alliés, moi aussi. Maintenant, si tu désires encore te battre, je peux accéder à ta demande... Fwuhuhuhuhuhuhuhuhu

Voilà le fin mot de l'histoire. J'aurais été trop aise de croire qu'il avait abandonné. Attendre son heure, et frapper quand la proie est faible.

" Je... ne suis pas encore mort. " ricanais-je entre deux hoquet. " Je ne suis pas encore mort...et je me battrai ! Viens donc, et tu verras, Keldrira ! "

Ma main suivit le mur, s'y accrocha, et je continuais seul en trébuchant dans l'ombre. L'odeur du sang me donnait la nausée, mais celle des égouts, plus encore. J'ignorais par où aller. Je me fiais seulement à l'indication du Lucario... et à mon instinct.

Mort, tu ne me servirais à rien. J'entends bien à ce que tu entendes que nul ne meures avant de m'avoir satisfait ! Veux-tu la fin de ton histoire ? Ton frère m'a dérangé trop tôt, je n'ai pas eu le temps de te la conter jusqu'au bout ! Haha !

Une faille, un interstice. Le mur avait cédé à cet endroit, pour quelque obscure raison. Le résultat était que l'on pouvait bien s'y faufiler de profil, à condition de ne pas être trop gras. Et ce n'était guère le cas d'Archibald, dont le dernier repas remontait désormais à plus de vingt-quatre heures. Malgré la faiblesse, malgré sa jambe portée au supplice et son corps couvert de bleus, la survie se voulait impérieuse, obsessionnelle. Archibald se jeta dans la brèche, tant que son corps y put passer sans aide, et termina de se dégager en poussant sur ses bras. Sa chemise y laissa quelques plumes, mais il n'en était plus à ça près, désormais. De l'autre côté, un tunnel. Il était creusé à même la terre, grossier et fort étroit. Mais il constituait une chance trop inespérée pour qu'elle ne soit pas tenter.

Alors, à plat ventre, l'homme rampa à la manière d'un abo lourd et empaté, dans le noir le plus total, s'éloignant du même coup de sa dernière source d'air et de lumière, pour s'enfoncer, toujours plus loin, dans l'inconnu - vers une mort certaine aurait-on dit. Mais peut-être autrement moins douloureuse que celle que d'autres lui auraient promise.







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MessageSujet: Re: Lâcher la proie pour l'ombre - solo   Jeu 10 Aoû - 23:34



Lâcher la Proie pour l'Ombre


Céladopole - Matin - Kanto





Les galeries souterraines sont de nouveau désertes. Les Tadmorv et les Nosferapti sont les seuls maîtres des lieux, et plus un bruits autre que le clapotis de l'eau dans les conduites ne vient troubler le silence. Ils sont partis, les trouble-fête. Ils ont plié bagage comme ils étaient entrés, avec fracas. Au fond d'une brèche dans un mur, un trou de rat oublié de tous laisse s'échapper un grattement par intermittence. Plusieurs centaines de mètres plus bas, une silhouette solitaire s'enfonce lentement dans les entrailles de la Terre, couchée dans le boyau dont elle ne voit pas le bout.
Les heures passent, et Archibald Lannysser n'avance plus.





Des Taupiqueurs. J'entends au loin leur travail acharné pour retourner la terre. Bénis soient ces petits être souterrains ! Ce passage est le leur, sans aucun doute. S'ils n'avaient eu l'idée de creuser par ici, jamais je n'aurais pu m'échapper de ce guet-apens. Mais hélas, plus le temps passe, et plus je comprends que cette fuite sera la dernière. J'avance péniblement, centimètres par centimètres, à la seule force de mes bras. Mes vêtements raclent contre la roche et la boue, je ne ressemble plus à rien. Quelle importance ! Ici, nulle paire d'yeux pour me dévisager. Ce couloir étriqué n'en finit pas. Sans doute fait-il des kilomètres, en serpentins serrés sous terre. Si sortie il y a, jamais je n'aurais suffisamment de forces pour l'atteindre. C'est ici que le chemin s'arrête, Archibald. Échec et mat.

Ma main tremble : c'est trop. L'émotion me submerge. Là, dans le secret du noir, où personne ne regarde, je laisse l'ouragan de ma tristesse submerger les digues de mon impassibilité. Adieu. Ce fut une vie ni bien longue, ni bien joyeuse, mais intense et heureuse. Je retombe mollement sur la pierre et y reste, les yeux grands ouverts dans le néant. L'air est rare. L'eau me perle sur la peau. Mon corps réclame à grands cris, mais je n'ai rien à lui donner. Que quelques miettes d'énergie, dernières étincelles avant que les charbons ne s'éteignent. Je suis épuisé. Cette fois, plus aucune réserve dans laquelle puiser ce qui me portera plus loin. Plus loin, il n'y a rien.

Florian, mon frère, le seul que je n'ai jamais eu en ce monde : pardonne-moi. Que n'aurais-je donné pour te revoir, revivre encore l'une de ces folles journées de labeur en ta compagnie. Je le regretterai toujours, ce moment où nos routes se sont éloignées...! Adieu, que ta vie soit aussi belle que celle dont tu rêvais.

Seth mon ami, mon ombre et mon âme. Par pitié, ne me pleure pas. Sois fort comme nous l'avons toujours été. Je sais que tu m'entends, par delà cette barrière qui nous sépare. Je ne veux pas te meurtrir, même si je devine la blessure que tu t'infligeras. Continue sans moi, n'abandonne pas... Que je ne sois pas tombé en vain. Tout le reste, tu le sais. Tu le portes déjà en toi. Adieu ami ! Merci, de toute infinité, merci...

Les larmes coulent sans que plus rien ne les arrêtent. Que l'esprit humain est sot, de ne devoir comprendre quelles sont les choses importantes que lorsqu'il les perd ! A la douleur physique s’adjoint le poids monstrueux de la peine du cœur. Je meurs, et soudain, l'immortalité de mon âme me semble peu de chose face à ceux que je délaisse. Ne pleurez pas les morts, disait Adia. Pleurez ceux qui les regarde partir, car eux-seuls souffrent vraiment. Comme elle avait raison...

Eva. Oh, Eva !

Pourquoi m'avoir aimé, moi ? Je ne le méritais pas. J'ai tout gâché. Un pitre, un amuseur, mais un amant ? Pour une si jeune étoile, que suis-je allé voler ? Je m'y suis brûlé les ailes, comme le contait si justement la mythologie. J'ai voulu le paradis, je n'ai eu que l'enfer. Pour rien au monde je n'ai voulu t'entrainer dans cette chute : puisse le destin t'en préserver à jamais.



Revoir une dernière fois son visage, contempler ces yeux merveilleux. Pouvoir prononcer ce simple mot : pardon. Pardon, de n'avoir eu le courage de l'embrasser une dernière fois. Pardon d'avoir échoué. Pardon.

Que pourrais-je dire d'autre ? Je l'aime et l'aimerai encore une fois tombé en poussière. Merci Eva. Merci de m'avoir aimé, comme jamais aucune femme n'avais su m'aimer.



Vous tous. Oubliez-moi.




Je n'ai plus de larme, à présent. Mon souffle n'existe plus, mon cœur s'apaise. Mes yeux fixe un point, quelque part dans cet espace sans dimension. Viens, à présent, froid hivernal. Dévore-moi comme il me l'a été promis au commencement des temps. Je n'ai plus rien à craindre, j'ai déjà tout perdu. Dans le silence, j'attends que mon heure vienne.




Fwhuhuhuhu...





Fin. (Ou pas)


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