Partagez | 
 

 Savoir mourir et pouvoir renaître - solo

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Archibald Lannysser
Dresseur | Scientifique
avatar

Messages : 817
Pokedollards : 15440
Age : 25

Caractéristiques du personnage
Age du personnage: 43 ans
Signe particulier : Boiteux et ambidextre, en costume trois pièces à l'allure loufoque.
Apparence: 1m85 pour 76kg, sec et nerveux, visage émacié, cheveux châtains, mi-longs, yeux dorés, cernés.

MessageSujet: Savoir mourir et pouvoir renaître - solo   Ven 1 Sep - 21:38



Savoir mourir et pouvoir renaître


Chutes Tohjo - Jour - Johto





La chaise grince lorsque j'y chois sans aucune élégance. Un grincement sec et désagréable, marque d'un manque d'humidité entre les fibres du bois. Dans mon champ de vision actuel, le dos voûté de mon hôte s'affairant à une petite table près de l'évier, et la lumière mélangée du jour grisonnant et d'une lampe à pétrole accrochée au plafond. Seth somnole en rond à mes pieds, tandis que par la fenêtre, je devine le dos doré de Kether sous le couvert des branches. Le tintement de la cuillère qui touille dans un pot, le frottement d'un chiffon. Tous ces bruits que j'ai oublié depuis des lustres. Je ferme les yeux et respire doucement l'odeur musquée du bois sec et de la poussière. Cet endroit sent le passé, les souvenirs et le temps regretté. Mais ce n'est pas une impression triste qui me traverse - tandis que je détaille le contenu de l'étroite cabane avec l’œil d'un enfant curieux - mais plutôt une sereine nostalgie, de celle que j'aurais aimé ressentir à mon dernier jour. Si tant est que l'on m'ait laissé un trépas de vieillesse un soir d'hiver dans mon lit.

" Tenez, ça devrait vous donner du nerf. "

La maîtresse des lieux s'est retournée, et me présente une chope en fer pleine d'un liquide épais et ambré, au parfum de miel et d'alcool. Je la prends à deux mains avec force remerciements : je pense que le ciel a entendu mon appel, en fin de compte ! Et je crierai de nouveau ma joie et mon amour du monde pour un tel présent, si mes poumons ne m'avaient pas fait si mal...! Le regard noir et plissé de la vieille femme me scrute, à la manière d'un rapace.

" Vous devriez enlever ça, me grogne-t-elle en désignant ma chemise sale et déchirée, j'ai de quoi vous coudre quelque chose de correct avec les miennes.

-Merci infiniment pour votre aide, madame... Mais je ne suis pas venu piller vos maigres réserves ! Je ne veux pas déranger.

-Ahah ! Vraiment ? J'ai fait des erreurs, dans ma vie, comme tout le monde.
"

Je ne saisis pas sur l'instant, tiquant quelque peu à l'enchaînement étrange de la phrase. Ses mains crochues agrippent mon vêtement de force, et me voici torse-nu sur la chaise avant d'avoir compris quoi que ce soit. L'air de l'après-midi n'est pas bien chaud, bien que le vent ne puisse pénétrer par les planches. Je frissonne. Elle étend la chemise, constate les dégâts, puis me regarde de nouveau et me décoche un sourire féroce.

" Jolies plaies. Hm. J'imagine que vous vous êtes fait ça en tombant dans un escalier ? Vous comptiez vous balader dans la montagne dans cet état ? Z'auriez pas passé trois nuits, avec des infections pareilles. "

Seth dresse l'oreille, et j'aperçois l'éclat discret de son œil de sang entre ses paupières mi-closes. Je baisse le nez sur mon propre corps. Etrange comme depuis toutes ces semaines, la douleur avait progressivement commencé à faire partie intégrante de mes inexistantes journées. Au point que je ne m'aperçois que maintenant de la gravité de mon état. Les plaies laissées par l'épée, cicatrisées à grand peine, laissent désormais une croûte épaisse et pleine de pus parcourir ma peau blême comme de monstrueux vers parasites, accompagnés de ci de là d'étoiles bariolées, où jadis les coups avaient plu. Je suis marqué de tous les côtés, et il me semble soudain que mon malheureux corps, qui n'avait pourtant jamais été un modèle de beauté, n'est plus qu'une atroce blessure purulente. Sans aucun soin depuis tant de temps, il est à parier que ma fièvre n'est pas dû à un rhume, et que ma faiblesse ne se justifie pas uniquement par une nuit blanche en prison.

" Je... Je suppose que si vous dites tout cela... C'est que vous n'écouteriez pas une version semblable ?"

Je coule un regard en biais sur les fagots suspendus à côté de la fenêtre.

" De la Verveine, du lierre grimpant... De l'orchidée séchée ? Vous en faites des Herbes Amères ? "

Ce genre d'herbes est hélas plus efficace sur les Pokémon que sur les humains. Elle hoche la tête sans regarder.

" J'ai passé des années au contact des plantes. Je dois bien avoir quelque chose. Si vous voulez bien rester tranquille, je vais voir c'que j'peux faire. "

Je l'entends fouiller le placard qui trône dans un coin sombre. Un bruit mêlé de verre, de métal et de papier. Rien de bien moderne, de la même manière que je ne vois ici pas la moindre trace d'un objet électronique. Tout me paraît avoir cent ans d'âge, au moins. Je souris : exactement la tête que devrait avoir mon propre bureau si d'aventure il m'arrivait d'en avoir un ! Ce qui n'avait jamais été le cas. Mon hôtesse ramène sur sa table quelques petits pots dégageant une agréable senteur de plantes.

" Des pommades ? " je demande, intéressé.

" Tout fait maison, oui. Par contre, va d'abord falloir couper dans l'vif, mon bon monsieur. Je peux pas vous appliquer ça sans avoir d'abord curé ces sales balafres. Autant essayer d'éteindre un feu avec de l'huile. "

Je grimace lorsque la lame découpe la cicatrice pour en ôter le suc infâme, me mord encore la lèvre quand elle cautérise son œuvre avec le plat du couteau passé à la flamme d'une bougie. Un mal nécessaire... Puisse-t-il au moins m'apporter la guérison. Ses mains parcourent mon dos avec la précision d'un chirurgien, et je me demande bien avec quels yeux, tant la luminosité de la pièce me paraît insuffisante. Son ongle suit les pointes saillantes de ma colonne, et je le sens s'arrêter. Je devine son regard sur les traits noirs qui courent sur la peau, tantôt surpris, tantôt sévère. Je devine aussi, à la ligne brûlante du rasoir qui me taille, que ces traits sont désormais zébrés de haut en bas, et sans plus de sens qu'un parchemin dont il manquerait les trois quarts des pages. Je baisse le menton, pensif, morose. Le silence s'installe, brisé uniquement par les sifflements entre les tuiles amassées au-dessus de nos tête, et le discret ronflement de Seth.

" Le plus dur est passé, ricane la voix éraillée dans mon dos, on va tenter de faire passer tout ça avec les moyens du bord. "

Ses mains agrippent l'un des pots et l'ouvre dans la foulée. Je n'ai guère le temps d'en apercevoir le contenu que mon infirmière improvisée m'en applique une bonne couche sur la plaie de mon épaule gauche. Le contact froid du baume me tire une expression de surprise. Après le feu, je ne m'attendais pas à ressentir grand chose :

" Je... Je suppose que vous poser certaines questions serait déplacé ? Plus tard, peut-être ? "

Ma main a serré mon genou plus que raison, et je sens mes mains osseuses craquer sous cette tension. Un intense soulagement me gagne quand l'effet de la pommade se révèle, avec lenteur, à la manière d'une aura diffuse. La fraîcheur emporte les brûlures, me fait oublier mon apparence hideuse l'espace d'un instant. Je vais mieux. Merveilleux ce que peuvent faire de simples plantes utilisées par des mains expertes !

" Peut-être. Faut laisser sécher, maintenant. "

Les pots, les lames, les bougies et les chiffons disparaissent de la table, et je me vois indiquer le seul lit de la pièce, à l'opposé du placard et de l'évier. Un lit qui n'est plus, lui non plus, de la première jeunesse.

" Allez, au lit. J'ai pas envie de retrouver un cadavre devant ma porte. On dirait que vous avez passé le dernier mois enfermé dans un cercueil tellement z'êtes pâle.

-Merci,
dis-je avec un bref éclat de rire désabusé, je prendrais presque cela pour un compliment. Mais je ne vois qu'un seul lit ici ! Où donc allez-vous dormir si je l'occupe ?

- Pardi, les étoiles sont parfois de meilleures compagnes que les araignées. Z'en faites pas pour moi.
"

Elle trotte jusqu'à sa couche et repousse le drap d'un geste sec et m'indique l'endroit avec autorité.

" J'veux plus vous voir bouger un doigt tant qu'vos yeux auront pas déposé leurs valises ailleurs. Z'aurez le temps de jacasser demain, si c'est vraiment ce que vous voulez. "

La distance qui sépare la chaise du lit est trop grande pour que je puisse le rejoindre sans manquer d'équilibre. J'ose penser qu'elle a remarqué l'ennui : son bras empoigne le mien avec une force surprenante. La fatigue est immense, irrépressible. Elle m'attire comme jadis les fonds marins aspiraient les matelots intrépides. Je roule sur le côté afin d'éviter le moindre contact avec ma hanche endommagée, et cale ma tête alourdie sur l'oreiller. Une légère odeur de lavande l’imprègne. Un soupir d'aise. Je ferme les yeux.

Elle est là, assise à la place que j'occupais quelques minutes auparavant, les mains ramenées devant elle sur les genoux. Nous nous regardons en silence, elle et l'intensité presque aveugle de son regard noir, moi fasciné par cette statue de cire, oubliant jusqu'au malaise de me retrouver à moitié nu dans un lit qui n'est pas le mien.

" Je vous connais. "

Les mots m'échappent dans un demi-sommeil. Son visage ne bouge pas, et seules ses lèvres s’entrouvrent, avec la sévérité et la tristesse d'une mère trahie.

" On connais tous des gens qui nous ressemblent. "

Je cligne des paupières, peinant à résister à l'envie de sombrer dans le néant. J'entends sa voix, encore, plus lointaine.

" Peut-être parce qu'on se ressemble tous. "

Trop de fatigue. Trop. Mon esprit divague, ma vue se trouble. Je veux dormir. Je frémis, et marmonne, presque pour moi-même :

" Non. Pas peut-être. "






_________________


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://pokemon-antan.forumrpg.org/t742-archibald-lannysser
 
Savoir mourir et pouvoir renaître - solo
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Savoir c'est pouvoir
» [1748-1749] ~Il faut savoir accepter sa peur ~ [Entraînement solo]
» [Flashback - Entrainement solo] Il faut savoir se mouiller pour ses amis
» Les expressions et vocabulaire à savoir par votre perso
» Les magistrats du Parquet, membres du pouvoir exécutif ?

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Pokémon d'Antan, retour aux origines :: Les régions :: Kanto :: Route vers Johto :: Chute Tohjo-
Sauter vers: